Yves D. 7 minute(s) de lecture

Voulant faire une performance sur marathon en vue de me qualifier pour le championnat de France, j’avais trouvé celui d’Amiens, très plat et dont la date me convenait. Dominique, qui souhaitait réaliser son premier 100 km, avait choisi Amiens lui aussi. Les courses marathon et 100 km étaient organisées en même temps à Amiens, je décidais donc de m’inscrire au marathon pour ma qualification au championnat de France.

En consultant la documentation de l’organisateur, je m’aperçus alors que le 100 km était support du championnat de France. Après réflexion, n’étant pas sûr de me qualifier pour le championnat de France de marathon, bien que m’étant déjà lancé dans l’entraînement, je décidais d’accompagner Dominique sur le 100 km pour tenter le championnat de France.

Bien entendu, j’ai modifié mon entraînement pour l’adapter au 100 km. C’est donc un mois et demi plus tard que nous nous retrouvons à Amiens, le 3 octobre à 6h30, sur la ligne de départ du 100 km. Il fait nuit, le temps est brumeux, il fait frais (6°C) et humide. N’ayant pas de suiveur, je ne suis pas trop couvert : maillot du club, manchons pour les bras, un petit sac avec un peu de ravitaillement, petits gants et lampe frontale. Dominique porte une petite veste, sachant qu’il pourra la donner à Véronique, sa suiveuse, quand il aura plus chaud. Nous écoutons les consignes des organisateurs, le départ est donné. On se souhaite bonne chance avec Dominique et la course démarre. Quelques centaines de mètres pour prendre notre rythme de croisière, et on se perd de vue : nous n’avons ni la même stratégie ni la même vitesse. Lui court en continu, et moi je pratique la méthode « Cyrano », qui consiste à alterner course et marche, spécialement adaptée à mon cas : 2 km de course puis 500 m de marche.

Le départ est donné dans un parc à l’ouest d’Amiens, et la première partie commence par un aller-retour d’environ 7 km vers le centre d’Amiens. Les kilomètres défilent, et le peloton s’étire doucement. Peu avant le demi-tour pour rejoindre le point de départ, je croise Dominique, qui a pris un peu d’avance. Les concurrents se stabilisent. Comme je marche par moments, je me fais doubler régulièrement par des coureurs qui vont globalement à la même vitesse que moi, et que je dépasse dans ma phase de course. N’ayant pas de suiveur, j’ai pu tout de même déposer du ravitaillement dans différents bacs, que je retrouverai au fur et à mesure de la course, là où je l’ai prévu. Nous repassons au départ, soit déjà 14 km parcourus. Tout se passe bien, le jour s’est levé, j’ai éteint ma lampe et nous continuons d’avancer. Il y a pas mal de brouillard, et nous avançons avec toujours de l’eau à gauche ou à droite, parfois des deux côtés.

Je continue ma progression, lente mais régulière. J’arrive au ravitaillement de Picquigny, 24 km parcourus, soit pratiquement le quart de la distance. Je demande à une bénévole si je peux lui laisser ma lampe pour la récupérer au retour, afin de ne pas la porter pour rien. Elle la prend, et je suis un peu plus léger. Je poursuis mon chemin et je passe au ravitaillement de Bourdon, au 31e km. Rien de particulier : pour le moment, c’est une grande ligne droite, et je suis seul, à part une personne à 200 m.

Je suis en phase de course et je me rapproche doucement. Je ne suis plus très loin de lui et j’aperçois le dossard de catégorie dans son dos : c’est donc un concurrent du championnat de France. Je ne peux pas lire sa catégorie, mais je sais que nous sommes deux dans la mienne. Il faut que j’accélère un peu, car je vais bientôt devoir marcher, et je dois savoir si c’est mon challenger direct pour le titre. Je me rapproche encore et je lis « M8 » : oui, c’est bien lui. Il faut maintenant que j’entame ma phase de marche, et je vais pouvoir le surveiller de près. Pendant que je marche, il prend un peu d’avance, mais dès que je repars en course, je le rattrape doucement. J’arrive à sa hauteur et je le double en gardant mon allure prévue. En le dépassant, je regarde son numéro de dossard : oui, ça correspond, c’est bien le deuxième de ma catégorie. Il ne va pas très vite. Je prends un peu de distance et, un moment après, je dois passer à une phase de marche. Je surveille mes arrières, mais je ne le vois pas revenir sur moi. Je relance ma phase de course, il ne m’a toujours pas rattrapé : j’en déduis qu’il va moins vite que moi, et pour le moment, je suis premier au championnat.

Je vais bientôt arriver au km 34, où je dois prendre à droite : le circuit fait un petit écart vers la vallée de la Somme, et je dois aller à Fixecourt (prochain ravitaillement au km 36). Là, je fais un tour de stade avant de redescendre vers la Somme, où le parcours se poursuit en direction de la baie de Somme. Bien avant le village, je croise une nouvelle fois Dominique, qui a pris un peu plus d’avance, et il semble que tout va bien pour lui. Je me ravitaille et, en redescendant vers la Somme, je croise mon adversaire qui marche. Je me dis « c’est bon, si je n’ai pas de défaillance, je dois gagner le championnat ».

Je rejoins la vallée de la Somme, les kilomètres défilent, et les ravitaillements aussi. Je me rapproche de la mi-course : le km 50, je le passe en 5h49. Premier objectif tenu, j’avais prévu 6h maximum. Mais après 6h de course, la fatigue se fait sentir et la vitesse baisse un peu. J’arrive au km 56, le point le plus éloigné d’Amiens, où tout le monde fait demi-tour pour se diriger vers l’arrivée. Les kilomètres continuent de défiler. Aux environs du km 76 (les 3/4 de la course), je dois de nouveau quitter la vallée de la Somme pour passer à Fixecourt et faire un nouveau tour de stade avant le ravitaillement. Pas d’événement majeur, et je rejoins à nouveau la vallée de la Somme. Cette fois, je ne croise pas Dominique : il a dû prendre suffisamment d’avance pour être devant. Ma vitesse n’a pas trop chuté, j’arrive encore à courir aux alentours de 7’10 le km, contre 6’15 en première partie de course.

J’arrive au km 80. Notre ravitaillement est le même que celui du marathon, il y a beaucoup de monde, et c’est un gros changement pour nous, coureurs du 100 km : beaucoup de monde nous double, alors que jusque-là nous étions isolés, 4 ou 5 concurrents aux alentours. Du coup, quand je franchis le ravitaillement, situé à gauche de la route, je ne comprends pas qu’il est aussi pour nous. Un organisateur me tend une bouteille d’eau que je refuse, et 500 m plus loin, je me rends compte que je n’ai plus de réserve d’eau, et qu’il va falloir attendre 5 km avant d’en trouver.

Enfin, l’arrivée commence à se profiler. J’arrive au ravitaillement de Picquigny, là où j’ai laissé ma lampe pour la reprendre en fin de parcours. En fait, je n’en ai pas besoin, il fait encore bien jour. Je cherche, je demande, personne n’est au courant. En insistant, je retrouve la bénévole qui le matin m’avait autorisé à la laisser. Elle la cherche et la trouve. Je la mets dans mon sac à dos et je peux repartir. Il ne me reste plus que 11 km avant l’arrivée, mais mes phases de course de 2 km deviennent interminables. Je décide donc de diviser cette phase par deux : 1 km de course puis 250 m de marche. En fait, je conserve ainsi ma vitesse moyenne, mais je change deux fois plus souvent de rythme, et je m’aperçois que cela améliore légèrement ma vitesse moyenne.

J’arrive au dernier ravitaillement, je bois un peu d’eau, et c’est bientôt la fin : le panneau du 3e km restant, puis celui du 2e km restant, et enfin l’arrivée. Je franchis la ligne et je vois Dominique qui m’attend, rassuré. Ça y est, c’est fini. Un organisateur vient tout de suite vers moi : je suis premier de ma catégorie, et on m’attend pour la remise des médailles.

Voilà, j’ai fini et je remporte le titre de champion de France du 100 km, catégorie M8, en 12h26.

Mis à jour :