Martin G. et Yves D. 11 minute(s) de lecture

Récit de Martin

24h c’est une aventure dans l’inconnu. On s’engage Ă  courir bien plus longtemps que ce qui a Ă©tĂ© fait Ă  l’entrainement. L’entrainement justement a Ă©tĂ© bon pour moi : pas de bobos, de belles sorties trĂšs longues. J’aborde donc la course avec de l’ambition. Celle de passer les 200km et d’essayer de me battre pour le record du club : 212km.

Comme d’habitude, j’arrive au dĂ©part avec le sourire. Luc, mon fidĂšle compagnon d’entrainement me fait l’assistance, les copains sont, non sans mal, tous au dĂ©part : Delphine, MĂ©lanie, CĂ©cile, Tami, Yves, Stephane et Fred, leur assistance est motivĂ©e.

DĂ©part tranquille Ă  10h sous le soleil qui chauffe dĂ©jĂ . MĂ©lanie et Tami partent devant. Petit Ă  petit, je prends mon rythme et m’arrĂȘte peu (quelques arrĂȘts pipi et ravitaillement solide en marchant) donc je remonte.

Sur les premiĂšres heures, je suis Ă  fond (pas la vitesse, l’enthousiasme) : je papote avec tout le monde, j’encourage bruyamment, je fanfaronne mais je suis lucide sur l’hydratation. Je prends un peu de sel et me rafraichis avec des Ă©ponges car la tempĂ©rature monte. Je me fais rapidement un copain : mĂȘme allure que moi, mĂȘme Ăąge que moi, mĂȘme record au marathon que moi, mĂȘmes objectifs : on dĂ©cide de partager une partie de l’aventure ensemble.

Je me retrouve aussi au bout de trois heures Ă  partager quelques tours avec deux lĂ©gendes du trail Christophe Le Saux et Antoine Guillon (vainqueur de la diagonale des fous) qui sont venus se perdre sur une boucle plate et rĂ©pĂ©titive. Je m’amuse comme un fou.

Et puis dans l’aprĂšs-midi, surprise, Audrey (mon amoureuse) et SolĂ©ane (ma fille) me font la surprise de venir avec 24h d’avance. Elles ont rĂ©alisĂ© une magnifique banderole. Ma petite fille enchaine les tours de vĂ©lo autour du stade et moi je suis au taquet, les tours s’enchainent avec le sourire. Matthieu est aussi venu nous encourager. Puis c’est Neil et Pauline qui arrivent en fin d’aprĂšs-midi. Avec ces boosts, l’endorphine monte rapidement, c’est vraiment plaisant. Sans m’en rendre compte, je suis dĂ©jĂ  remontĂ© Ă  la 16Ăšme place.

Ma soeur vient aussi d’arriver, c’est chouette d’ĂȘtre si bien entourĂ©. Mais comme toutes les bonnes choses ont une fin, au bout de 9h30 de course baisse de la luminositĂ©, baisse de la charge hormonale, les jambes commencent Ă  ĂȘtre bien lourdes.

J’avais envisagĂ© ce scĂ©nario plutĂŽt vers 13-14h de course donc je dĂ©cide de marcher un peu pour dĂ©tendre les jambes mais je suis un piĂštre marcheur, je me fais doubler et j’ai du mal Ă  me remettre Ă  courir. La dynamique s’est inversĂ©e. Je me dis que ce n’est pas grave que j’ai bien profitĂ© du dĂ©but de course. AprĂšs quelques tours RĂ©mi me propose un massage que j’accepte. Je repars enfin en trottinant mais au bout d’une heure c’est de nouveau difficile, la nuit est tombĂ©e, la fatigue se fait sentir, j’ai un peu froid. Je tergiverse pendant un tour : massage, arrĂȘt repos sur un banc dans un vestiaire, arrĂȘt Ă  notre stand oĂč ma soeur a pris le relais de Luc pour l’assistance. Elle me fait manger, puis me met au chaud sous un sac de couchage un quart d’heure, m’aide Ă  me changer. RĂ©sultat : prĂšs d’une heure pour un tour d’un kilomĂštre. Les objectifs de dĂ©part sont bien lointains, si je fais 160km, ça sera dĂ©jĂ  bien.

Je repars en trottinant pĂ©niblement, plus pour donner de l’espoir Ă  notre staff au top que pour moi. Je suis redescendu Ă  la 41Ăšme position. J’enchaine quelques heures en alternant petite course et marche. Au moins, le compteur kilomĂ©trique s’est remis Ă  tourner. Coach Vincent est lĂ  pour nous encourager en plein milieu de la nuit, est-ce un mirage ? On s’encourage avec les copains car c’est compliquĂ© pour tout le monde. Je profite de me retrouver vers Tami pour essayer de tourner avec elle. Elle m’explique sa stratĂ©gie course marche, je dĂ©cide de m’aligner sur sa stratĂ©gie. Malheureusement, je cours un peu plus vite qu’elle mais il reste 5 heures et je suis relancĂ©. J’enchaine les 300m marche, 1,8km course, les jambes ne sont pas si mauvaises. J’ai recommencĂ© les calculs, je devrais pouvoir passer les 180km c’est pas si mal, voire les 190km si je tiens le rythme jusqu’à la fin. Moment de renaissance, je suis de retour dans la compĂ©tition, les tours s’enchainent de nouveau avec fluiditĂ©, le mal de jambes est supportable.

A la faveur d’une derniĂšre grosse heure avec le retour des encouragements de toute la famille, j’atteins les 195km 400m (23Ăšme au scratch). Je suis dĂ©pouillĂ©, je m’écroule, heureux, j’ai passĂ© un bon moment.

Quelques lignes ne peuvent retranscrire tout ce qu’il se passe pendant 24h de course mais il reste le partage avec les autres balanais : encouragements envoyĂ©s pour soutenir leurs moments difficiles, encouragements reçus dans ma propre difficultĂ©, le partage avec le staff aux petits soins toujours Ă  chercher ce qui nous remettrait d’aplomb : nourriture, massages, mots, le partage avec la famille (pour qui on a tellement d’amour, dĂ©cuplĂ© avec la fatigue et l’effort) et les amis.

L’objectif kilomĂ©trique n’est pas atteint mais l’objectif de vivre une belle histoire est parfaitement atteint.

RĂ©cit d’Yves : Mon dixiĂšme 24h

Il y a neuf ans, avec deux amis coureurs, nous avions eu l’idĂ©e de tenter une course de 24h. Pour nous tout Ă©tait Ă  inventer, car cette course un peu marginale dans l‘athlĂ©tisme est peu rĂ©pandue, et peu de coachs se permettent d’écrire sur ce sujet. Il y a neuf ans, j’étais loin de penser qu’aujourd’hui, pour ma 10Ăšme course de 24h, je serais accompagnĂ© par 7 coureurs valeureux de l’ASC Balan.

L’annĂ©e derniĂšre, le club de Bourg-en-Bresse avait annoncĂ© l’organisation d’un 24h, rien de mieux pour encourager des coureurs du club de tenter cette expĂ©rience nouvelle et originale Ă  proximitĂ© de nos domiciles respectifs. Nous Ă©tions donc dĂ©jĂ  5 Ă  vouloir tenter l’expĂ©rience : CĂ©cile, Martin, Stephane, Tami et moi (Yves). En plus, une Ă©preuve de 12h organisĂ©e en mĂȘme temps intĂ©ressait aussi Delphine et MĂ©lanie.

Trois semaines avant la course, nous apprenons que la course de Bourg-en-Bresse est annulĂ©e par manque de concurrents. Mais, ayant eu vent que cette course pouvait ĂȘtre annulĂ©e, nous avions prĂ©vu de la remplacer par celle de Tullins, dans la rĂ©gion de Grenoble, juste la semaine suivante. Martin, victime d’une blessure, renonce au 24h. Nous sommes donc 4 pour le 24h et 2 pour le 12h Ă  s’inscrire Ă  Tullins. Cette premiĂšre expĂ©rience satisfait tout le monde, et sachant que l’annĂ©e suivante cette course serait le championnat de France, cela a permis Ă  chacun de se projeter pour 2026.

Cette nouvelle annĂ©e 2026, tous nos coureurs de l’annĂ©e derniĂšre sont prĂȘts Ă  participer au championnat des 24h. Nos deux coureuses de 12h se joignent Ă  nous pour les 24h, et un petit nouveau vient nous rejoindre : c’est Fred. Nous serons donc 8 Ă  porter les couleurs de l’ASC Balan !

Pendant les entrainements ça discute beaucoup : quelle stratĂ©gie de course/marche tu vas adopter ? Et au ravitaillement, tu vas manger quoi ? Mais tout se met en place progressivement. Des entrainements communs sont planifiĂ©s et un test de 6 heures est programmĂ© un mois avant la course. Tout ne se passe pas forcĂ©ment comme prĂ©vu (CĂ©cile se fait une dĂ©chirure musculaire Ă  la cuisse, Stephane fait une chute sur le genou), mais pour les autres l’entrainement continue. Nous affrontons les sĂ©ances longues et le test de 6h approche. La mĂ©tĂ©o prĂ©vue pour le test est exĂ©crable, on pense Ă  le reporter, mais si le jour de la course il pleut, on n’abandonnera pas ? La date est donc maintenue, il pleut presque tout le temps, mais les rĂ©sultats de tout le monde sont satisfaisants.

Enfin, le jour tant attendu arrive ! Martin, qui est arrivĂ© la veille, nous a rĂ©servĂ© 8 emplacements cĂŽte Ă  cĂŽte pour nos suiveurs-ravitailleurs. C’est un peu exigu mais au moins nous sommes tous ensemble. Chacun de nous a son propre ravitailleur (sauf Fred et moi) : CĂ©cile a GrĂ©goire, Delphine a Guillaume, Martin a Luc, MĂ©lanie a Vincent, Stephane a Marie et Tami a RĂ©my.

Nous prĂ©parons tous notre matĂ©riel, nourriture, boisson, habits de rechange, et Ă  10h prĂ©cise, le dĂ©part est donnĂ© ! Tout se passe bien, chacun peut appliquer sa stratĂ©gie. Martin, qui est en pleine forme, met un peu d’animation : il nous encourage Ă  chaque fois qu’il passe Ă  notre hauteur et incite les spectateurs Ă  nous encourager.

Les heures commencent Ă  dĂ©filer, la chaleur commence Ă  se faire sentir, il faut bien penser Ă  boire et Ă  se rafraichir grĂące aux Ă©ponges humides proposĂ©es par l’organisation. Nous passons le cap du quart de la course, et nous dĂ©passons le temps maximum de course que nous avons fait Ă  l’entrainement.

⏱ Classement aprĂšs 6 heures de course :

AthlÚte Scratch Sexe Distance Catégorie
Martin 18Ăšme 17 M 61 km 6Ăšme M1M
Tami 60Ăšme 10 F 53 km 3Ăšme M3F
Yves 80Ăšme 66 M 50 km 2Ăšme M8M
Cécile 81Úme 15 F 50 km 3Úme M1F
Stephane 83Ăšme 68 M 49 km 8Ăšme M4M
Mélanie 87Úme 17 F 48 km 3Úme M0F
Delphine 120Ăšme 28 F 42 km 4Ăšme M2F
Fred 68Ăšme (Open) 60 M 41 km 9Ăšme M2M

Vers 17h, quelques nuages viennent cacher le soleil. Je commence Ă  fatiguer un peu et je dĂ©cide de modifier ma stratĂ©gie : je passe de 2km course / 500m marche Ă  1km course / 250m marche. Vers 19h, je ressens une vive douleur au pied droit : une petite ampoule. Rapidement, RĂ©my et GrĂ©goire me trouvent un pansement Compeed, du sparadrap, une chaussette propre, et c’est reparti jusqu’à la mi-course.

⏱ Classement aprĂšs 12 heures de course :

AthlÚte Scratch Sexe Distance Catégorie
Martin 20Ăšme 18 M 111 km 8Ăšme M1M
Tami 50Ăšme 8 F 101 km 3Ăšme M3F
Cécile 73Úme 14 F 92 km 3Úme M1F
Yves 75Ăšme 61 M 92 km 2Ăšme M8M
Stephane 82Ăšme 67 M 89 km 5Ăšme M4M
Mélanie 89Úme 17 F 87 km 3Úme M0F
Delphine 125Ăšme 31 F 77 km 4Ăšme M2F
Fred 52Ăšme (Open) 46 M 74 km 6Ăšme M2M

PassĂ© 22h, la sono gĂ©nĂ©rale s’arrĂȘte pour ne pas perturber le voisinage. Il reste un doux fond sonore qui nous accompagne dans la nuit. Je modifie de nouveau ma stratĂ©gie en fonction de la topographie du circuit pour me relancer dans les petites descentes. Je m’arrĂȘte pour m’habiller chaudement pour passer la nuit.

Nous avons passĂ© minuit. Vers 3h du matin (17h de course), la pluie commence Ă  tomber, je m’équipe en impermĂ©able. Il est 4 heures, les Ÿ de la course sont faits. Stephane vient d’abandonner aprĂšs 118km, une belle distance aprĂšs son problĂšme au genou qui l’avait presque incitĂ© Ă  ne pas tenter l’aventure.

⏱ Classement aprĂšs 18 heures de course :

AthlÚte Scratch Sexe Distance Catégorie
Martin 32Ăšme 28 M 146 km 6Ăšme M1M
Tami 43Ăšme 8 F 143 km 3Ăšme M3F
Cécile 59Úme 11 F 128 km 3Úme M1F
Yves 67Ăšme 55 M 125 km 2Ăšme M8M
Stephane 98Ăšme 75 M 118 km 7Ăšme M4M (Abandon)
Mélanie 100Úme 18 F 114 km 3Úme M0F
Delphine 135Ăšme 40 F 93 km 4Ăšme M2F
Fred 33Ăšme (Open) 30 M 101 km 3Ăšme M2M

La pluie s’arrĂȘte. AprĂšs 20h de course, CĂ©cile n’arrive plus Ă  courir. Les efforts faits pour compenser sa cuisse dĂ©faillante ont fait forcer d’autres muscles, elle continue en marchant. Pour ma part, mes quadriceps sont douloureux mais je parviens tout de mĂȘme Ă  courir sur la moitiĂ© du circuit comme prĂ©vu.

Le jour commence Ă  se lever, l’arrivĂ©e se rapproche. À 7h du matin, les animateurs reprennent leur travail. Il est 8h45, il nous reste 1h15, je rattrape CĂ©cile : c’est le moment de mettre le maillot de Balan pour ne pas ĂȘtre disqualifiĂ© ! Je m’aperçois alors que j’ai parcouru 150,7km. Le pari d’atteindre les 160km semble compromis. À 9h45, je vois qu’il me reste presque 3 km Ă  faire, je ne pourrai pas les atteindre, du coup je finis le dernier tour en marchant.

Et ça y est, la sirĂšne annonce la fin de la course et tout le monde s’arrĂȘte ! Notre aventure est arrivĂ©e Ă  son terme, on se fĂ©licite tous, on remercie les ravitailleurs. Je finis 2Ăšme de la catĂ©gorie M8M derriĂšre mon challenger habituel qui s’est permis de battre le record du monde de la catĂ©gorie avec 184km !

🏁 Classement Final (24 heures) :

AthlÚte Scratch Sexe Distance Catégorie
Martin 23Ăšme 21 M 195,406 km 6Ăšme M1M
Tami 34Ăšme 5 F 181,183 km 3Ăšme M3F
Yves 62Ăšme 51 M 158,202 km 2Ăšme M8M
Cécile 64Úme 12 F 156,361 km 3Úme M1F
Mélanie 100Úme 22 F 136,164 km 4Úme M0F
Delphine 135Ăšme 31 F 121,346 km 3Ăšme M2F
Fred 26Ăšme (Open) 33 M 127,207 km 3Ăšme M2M
Stephane 38Ăšme (Open) 34 M 118,347 km 9Ăšme M4M

En conclusion : Une trĂšs belle rĂ©ussite pour cette aventure sportive et humaine pour l’ASC Balan, avec un trĂšs bon bilan et 4 mĂ©dailles ! Trois mĂ©dailles de bronze : une pour Tami qui a rĂ©ussi Ă  dĂ©passer les 180km (Ă  seulement 2,2km de la 4Ăšme femme au gĂ©nĂ©ral), une pour CĂ©cile qui malgrĂ© ses problĂšmes musculaires a atteint 156km, et une pour Delphine qui, avec l’expĂ©rience du 12h, a pu dĂ©passer la 3Ăšme de sa catĂ©gorie Ă  moins d’1 heure de l’arrivĂ©e. Et enfin, une mĂ©daille d’Argent pour moi-mĂȘme (Yves).

Je n’oublie pas Martin qui a approchĂ© le seuil des 200km, MĂ©lanie qui a rĂ©alisĂ© une trĂšs belle course avec 136km, Fred qui sans expĂ©rience sur les grandes distances finit 3Ăšme de sa catĂ©gorie (Open) avec 127km, et StĂ©phane qui, malgrĂ© une blessure, a pris le dĂ©part et rĂ©alisĂ© 118km.

De grands remerciements à tous ceux qui nous ont aidés de prÚs ou de loin pour cette course, en particulier les « ravitailleurs » et ceux qui sont venus sur place pour nous soutenir !

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